L’avifaune nicheuse de Suisse romande s’enrichit

La saison de nidification 2026 a réservé plusieurs surprises en Suisse romande, avec la découverte d’une nouvelle espèce nicheuse pour la Suisse, d’une première pour la Romandie et le retour tant attendu d’une espèce disparue.

Les Cigognes noires vaudoises au nid - ©Lionel Maumary

Début juin, c’est tout d’abord la première nidification sur le territoire suisse de la Cigogne noire qui a été confirmée dans le canton de Vaud. Des reproductions avaient été suspectées plusieurs fois ces dernières années dans diverses régions du Plateau, mais les ornithologues s’étaient toujours heurtés à sa légendaire discrétion en période nuptiale. C’est tout d’abord en observant un individu s’engouffrant dans une lisière forestière à la mi-mai que Lionel Maumary a remarqué les premiers indices d’une nidification en 2026. Quelques semaines plus tard, il a pu documenter la présence d'un couple avec trois jeunes au nid, mettant fin à une longue énigme sur la présence de l’espèce en Suisse en tant que nicheuse. Contrairement à sa cousine blanche, la Cigogne noire niche principalement dans des grands massifs forestiers, où elle y trouve la discrétion et les grands arbres nécessaires à la construction de son nid. Cette première nidification en Suisse fait écho à la dynamique positive de l’espèce dans les pays limitrophes.

Vue aérienne de la colonie lausannoise de Hérons garde-boeufs - ©Franck Lehmans

Également suspectée depuis plusieurs années, la nidification du Héron garde-bœufs a été prouvée pour la première fois en Suisse romande au mois de juin, avec la découverte par Franck Lehmans d’une colonie d’une quinzaine d’individus au bord du Léman à Lausanne. Plusieurs poussins ont pu y être observés parmi les six nids situés sur la cime d’un grand arbre abritant également une colonie de Hérons cendrés. En Suisse alémanique, plusieurs colonies se sont également installées dans les cantons d’Argovie et de Zoug, faisant suite à une première nidification suisse au bord du lac Majeur au Bolle di Magadino en 2023. Ces nidifications ne surprennent guère étant donné la vitesse avec laquelle le Héron garde-bœufs a colonisé de nouvelles régions au cours du 20ème siècle, alors qu’il était originellement confiné à l’Afrique. Il ne fait donc nul doute que l’installation d’autres colonies est à prévoir ailleurs en Suisse ces prochaines années.

Balbuzard pêcheur - ©Michael Gerber/Birds-online.ch


Finalement, alors qu’elle était longuement espérée depuis le lancement d’un projet de réintroduction en 2015 par Nos Oiseaux, la première nidification du Balbuzard pêcheur en Suisse depuis 1914 a eu lieu dans la région des Trois-Lacs. Un mâle relâché en 2020 s’y est reproduit avec une femelle inconnue, donnant lieu à la naissance de trois jeunes balbuzards. Les populations de ce rapace piscivore ont connu des dynamiques positives ailleurs en Europe depuis la fin du 20ème siècle, après avoir décliné de manière dramatique en lien avec l’usage de pesticides organochlorés, si bien que l’installation d’une véritable population en Suisse paraît plausible à l’avenir. Espèce hautement migratrice, c’est principalement en Afrique de l’ouest que la population ouest-européenne passe l’hiver. Il reste désormais à voir si les jeunes balbuzards nés en Suisse cette année reviendront s’y reproduire une fois leur maturité sexuelle atteinte, d’ici deux à trois ans.

Sources :

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