Sternes de la Pointe à la Bise
Sterne pierregarin - Photo : Michael Gerber
aAprès plusieurs jours de mauvais temps, les premières sternes pierregarins sont revenues sur les radeaux à partir du 17 mai. D'abord hésitantes, elles ont rapidement retrouvé leurs habitudes : parades nuptiales, offrandes de poissons, accouplements et défense des territoires. En quelques jours seulement, la colonie est passée d'une dizaine d'individus à plus de cinquante oiseaux. Bien que deux radeaux de nidification soient à leur disposition, les sternes ont choisi de s'installer exclusivement sur le grand radeau. Un couple de mouettes est également venu prospecter le site durant quelques jours, sans finalement s'y établir ni y nicher.
Les premières pontes ont été observées dès le 24 mai. Elles se sont ensuite enchaînées à un rythme soutenu pendant près de deux semaines. Début juin, la colonie comptait plus de 30 nids et jusqu'à 72 œufs, un excellent départ qui témoignait d'une forte dynamique de reproduction. Comme l’année passée, tous les nids n'ont cependant pas connu le même succès. Certains ont été abandonnés, d'autres ont perdu une partie ou la totalité de leurs œufs, probablement à la suite d’inexpérience de certains jeunes couples ou d’œufs non fécondés. Il ne semble pas y avoir eu de prédation à ce stade.
Malgré ces aléas, de nouveaux couples ont continué à s'installer jusque dans la seconde moitié du mois de juin. Les premiers poussins sont nés le 16 juin. Les éclosions se sont ensuite multipliées pendant plusieurs jours pour atteindre un maximum de 24 poussins observés simultanément le 25 juin. Depuis les caméras, il a été possible d'assister à leurs premières heures de vie, aux nourrissages et aux soins attentifs prodigués par les adultes.
Mais cette saison restera surtout marquée par la canicule exceptionnelle. Dès le 18 juin, des températures comprises entre 34 et 37 °C se sont maintenues pendant près de dix jours. Les sternes ont dû adapter leur comportement : halètement, recherche d'ombre sous les abris, adultes allant régulièrement se mouiller le ventre dans le lac avant de revenir protéger leurs poussins. Certains allaient même jusqu'à tremper les poissons dans l'eau avant de les apporter aux jeunes, sans doute pour les rafraîchir ou rapporter de l’humidité (observation depuis la Tour de la Pointe à la Bise).
Pour les poussins, les conditions étaient particulièrement difficiles. Quelques heures après leur naissance, ils cherchaient instinctivement l'ombre et pouvaient s'éloigner de leurs parents. Plusieurs se sont ainsi retrouvés sur les territoires voisins où ils ont parfois été violemment repoussés par d'autres adultes. Certains n'ont malheureusement pas survécu. La chaleur semble également avoir compromis l'éclosion de plusieurs œufs, dont certains ont littéralement été cuits après avoir été abandonnés en plein soleil.
Au début du mois de juillet, les premiers poussins ont rapidement grandi et développent déjà leurs plumes de vol, tandis qu’une dizaine de couples continue encore de couver des œufs dont l'issue reste incertaine. La saison n’est pas terminée, mais cette première moitié montre déjà combien la reproduction des sternes dépend d'un équilibre fragile entre réussite, aléas naturels et conditions météorologiques extrêmes.
Les prochaines semaines permettront de savoir combien de jeunes prendront finalement leur envol depuis le radeau.
Suivi et texte : Yvain Revaclier
Une collaboration menée avec Pro Natura Genève